Les Mapuches (littéralement
« peuple de la terre »), originaires du centre et
du sud de l’Amérique latine (c'est-à-dire
l’Argentine et le Chili actuels), sont ceux qui reconnaissent
leur appartenance ou leur intégration à un territoire.
Forte est leur demande de reconnaissance. Un million et demi
de Mapuches vivent au Chili, tandis qu’en Argentine, ils
sont 200 000. Et 94% ne possèderaient par d’acte
de propriété de leur terre…
L’entreprise
Benetton existe quant à elle depuis les années
60, et est actuellement présente dans 120 pays. Possédant
plus de 970 000 hectares de terres en Patagonie par le biais
de la Southern Argentinian Land Company (Entreprise Terrestre
d’Argentine du Sud), Luciano Benetton a déjà
proposé la donation de 2500 hectares à la communauté
des Mapuches en 2004, et de 7514 hectares en novembre 2005.
Ces derniers ont néanmoins catégoriquement refusé
: selon eux, ce n’est pas faire acte de philanthropie
que de restituer ces terres, et ces soi-disant donations ont
toujours eu comme unique objectif de mettre un terme aux querelles
territoriales entre indigènes, entreprises propriétaires,
et Etat chilien.
Le gouvernement de
Chubut se sent donc incompris : selon Mauro Millán, un
dirigeant de la communauté Mapuche-Tehuelche, "La
loi est pour les ‘huincas’ (Argentins), pour nous,
il n’y a toujours pas de démocratie".
L’entreprise italienne a en effet presque toujours remporté
les procès et les familles Mapuches se retrouvent constamment
dépossédées de leurs terres, sauf quand
elles ont assez d’argent pour se payer un bon avocat.
Si les décisions
sont favorables à Benetton, c'est parce qu’elles
sont basées sur un registre de la terre de 1896, mis
en place suite à une campagne militaire connue sous le
non de « conquête du désert », à
laquelle les Mapuches résistèrent : pendant cette
campagne, des milliers d’indigènes furent ainsi
tués par l’armée argentine, puis dépouillés
d’une terre ensuite redistribuée à des particuliers
pour leur usage personnel. Au milieu de cette conquête,
le gouvernement utilisa les mêmes 970 000 hectares de
terres que Benetton contrôle depuis 1991, et les transféra
à la fameuse Southern Argentinian Land Company (une entreprise
anglaise). Le peuple Mapuche demande donc depuis longtemps une
enquête sur le transfert plus que douteux des terres par
le corps législatif. Poussé à vivre sur
les pires terres d’Argentine, il n’a aujourd’hui
aucun droit face aux descendants d’Allemands, d’Italiens
ou de Suisses, et le goudron empiète de plus en plus
sur ses territoires.
Depuis novembre 2005,
Benetton ne renonce pas à donner ces terres situées
dans la région de Piedra Parada (Sud de l’Argentine).
Mais sur les hectares « offerts » aux peuples indiens,
la grande majorité (plus de 95 %) n’est ni cultivable,
ni propice à l’élevage, car il s’agit
de flancs de montagnes, de ravins, ou encore d’affleurements
rocheux, soit des conditions climatiques très défavorables.
Le projet de mise en valeur de ces terres paraît donc
bien difficile à réaliser.
Pourvu que Benetton,
la marque aux photos si provocantes, ne pousse pas le cynisme
jusqu’à aller photographier de pauvres Indiens
décharnés réclamant juste le droit de cultiver
la terre décente qui leur est due.