Editorial

Les organisations et communautés Mapuche ont connu un mois d'avril agité. Tandis que la répression policière n'a pas cessé de s'abattre sur les communautés et leurs membres, occasionnant affrontements, blessés et arrestations arbitraires ; l'Etat, les petits et grands propriétaires ainsi que les groupes financiers aux intérêts économiques menacés ont mis tous les moyens en œuvre pour étouffer le "conflit Mapuche".

Divers dirigeants se sont ainsi plaints de faire régulièrement l'objet de filatures et de menaces. Ces méthodes d'intimidations, rappelant un régime politique que l'on pensait révolu au Chili, ont été accompagnées de faits étranges, tels que l'effraction commise dans les locaux du groupement de jeunes professionnels Mapuche de Temuko, Konapewman. Seul a été volé un ordinateur contenant de nombreux documents tels que les campagnes internationales dénonçant les violations des droits de l'Homme, par l'Etat et les multinationales forestières, en territoire Mapuche, ainsi que les outils de rédaction de la page internet Mapuexpress. Puis quelques jours plus tard, c'est la page "Resistencia Mapuche" réalisée par des étudiants Mapuche de Temuko qui a disparu du web, victime de hackers hostiles au soutien apporté aux communautés et plus particulièrement aux prisonniers politiques Mapuche. En s'attaquant à Mapuexpress et à Resistencia Mapuche, leurs opposants ont ainsi réussi à faire taire pour un moment les deux seuls sites d'informations indépendants réalisés en plein territoire Mapuche.

Mais la répression n'a pas seulement touché les Mapuche, le journaliste catalan Marc Serra i Torrent en a également fait l'expérience. Arrêté à deux reprises sans aucun motif, alors qu'il accompagnait des dirigeants Pehuenche s'opposant à la construction du barrage Ralko sur leur territoire, il a finalement été expulsé du pays. Le message est clair : toute personne soutenant les revendications Mapuche, est passible de représailles qu'elle soit Mapuche, chilienne ou étrangère… Ces tentatives d'isolement et de marginalisation des communautés et organisations Mapuche ont lieu au même moment où l'Etat chilien envoie des émissaires pour rassurer ses partenaires économiques européens sur le respect des Droits de l'Homme au Chili…. C'est une guerre de la communication que sont en train de livrer l'Etat, multinationales et secteurs économiques d'extrême droite. Leur méthode n'a rien d'original: en considérant les Mapuche comme des terroristes, ils se sont lancés dans la campagne mondiale contre le terrorisme orchestrée par les Etats Unis… Toute personne sympathisante des revendications Mapuche peut alors être considérée comme un danger pour la sécurité de l'Etat chilien…

Rien n'est innocent : ce n'est pas gratuitement ou par excès de sensationnalisme, si des "journalistes" et des "spécialistes" à la solde de l'Etat ont essayé de comparer la situation des communautés Mapuche avec le conflit opposant palestiniens à l'Etat sioniste d'Israël. En créant cette confusion de genre, les opposants aux Mapuche comptent employer les mêmes méthodes et discours qu'au Moyen Orient… C'est inimaginable et incroyable ! Pourtant en lisant la presse chilienne on ne parle que de la violence des communautés revendiquant leur terre et contre qui on applique la répression et les lois antiterroristes…. Lorsque des voix s'élèvent contre le traitement peu objectif de l'information et les discours sécuritaires qui s'en nourrissent, elles sont tues à coup d'emprisonnements, de menaces, d'expulsions ou encore de virus informatiques…

Le Chili n'a vraiment rien à envier aux chasses aux sorcières (hier les communistes, aujourd'hui les "islamistes") menées en permanence par les Etats Unis, ni même à la fièvre sécuritaire qui a contaminé la France durant ces derniers mois de campagne électorale. L'histoire témoignera des manipulations et abus que de telles pratiques ont suscité, et rendra justice à leur victime.

RispM - Mai 2002.

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