Voici
quelques mois s'est tenu un étonnant débat au sein du parlement Chilien.
L'ancien chef des Armées et sénateur Jorge Martinez Busch y dénonçait l'ingérence
d'agitateurs étrangers menaçant l'intégrité du pays. Ce type de discours était
certes banal en pleine tourmente
politique provoquée par la "détention" d'un vieil assassin en Grande Bretagne,
si ce n'est qu'il concernait un tout autre sujet puisqu'il s'agissait du soutien
international que reçoivent les Mapuche,
population autochtone originaire du sud du pays, dans leur digne lutte pour
récupérer leurs droits. Selon le sénateur pinochétiste, les divers sites Internet
diffusant des informations et organisant des campagnes de soutien à l'étranger
"aggraveraient le conflit et attenteraient à l'unité nationale".
Jusqu'ici les politiques indigènes qui se sont succédées depuis le retour
à la démocratie sont à l'image de ce sénateur conservateur et raciste, c'est
à dire qu'elles ont été placées sous le signe du mépris. Le perpétuel emprisonnement
de dirigeants et de membres de communautés revendiquant leurs terres, l'organisation
de tables rondes n'invitant que les dirigeants ayant leur carte de parti et/ou
n'ayant aucune revendication ont été leurs seules réponses aux demandes soulevées
par les communautés et organisations Mapuche. Encore aujourd'hui, la classe
politique chilienne a du mal à comprendre comment le mouvement Mapuche a pu
prendre autant d'importance tant au niveau de ses mobilisations que du contenu
revendicatif. Le racisme profond qui les anime les empêche de voir dans le
Mapuche un acteur indigène capable de s'émanciper et de développer des actions
et revendications en dehors du joug idéologique de la société dominante.
Au contraire, les autorités chiliennes ont jusqu'ici considéré les communautés
en conflit comme étant l'objet d'une obscure manipulation de la part de groupes
d'extrême gauche alliés à des ONG internationales. Bien sûr il n'en est rien,
si ce n'est un bon prétexte pour appliquer des lois anti-terroristes contre
les membres de ces communautés, et de bafouer les Droits de l'Homme… Au grand
désespoir de l'Etat chilien, malgré cette incessante répression et de nombreuses
arrestations, il n'a trace ni d'arme, ni de guérilleros guevaristes au sein
des communautés… seulement des hommes, des femmes qui luttent pour leur liberté
et leur dignité, tous fier d'être Mapuche. C'est pourquoi aujourd'hui, l'Etat
chilien tente de faire croire que les agitateurs ne sont plus dans les communautés
mais derrière leurs écrans d'ordinateurs à fomenter le conflit.
Un règlement rapide et pacifique de ce conflit est souhaitable, malheureusement
il n'existe toujours pas, aujourd'hui au Chili, les conditions démocratiques
pour aboutir à une solution respectueuse qui consisterait dans un premier
temps à la reconnaissance pluri-culturelle du pays, l'arrêt de la répression
et la restitution de terres. La lutte que mènent aujourd'hui les Mapuche n'est
pas seulement pour la terre mais également pour un pays démocratique et pluri-culturel
qui respecterait et valoriserait le Mapuche en tant que tel avec ses pratiques,
ses croyances, sa langue, son organisation, et son autonomie. La société chilienne
a toujours considéré les Mapuche comme un peuple attardé, vestige du passé,
incapable de s'adapter au présent… Pourtant, aujourd'hui, ce sont les communautés
Mapuche du Chili et d'Argentine, tout comme celles des Chiapas, qui font preuve
encore une fois d'une impressionnante modernité utilisant les nouvelles technologies
pour faire entendre leurs cris de révolte. La mondialisation, tant décriée,
a ses bons côtés, les Mapuche ont su en profiter… l'injustice historique dont
ils souffrent est aujourd'hui connue à travers le monde, de nombreux dirigeants
voyagent, rencontrent d'autres représentants indigènes, échangent leurs expériences,
leurs idées…. On l'a vu à Millau, à la fin du mois de juin,
lors de la rencontre des sans toits, sans terres, sans papiers des quatre
coins du monde, tous aspiraient à la même chose : le bonheur
et la justice. Au final on s'aperçoit que tous ces peuples souffrent des mêmes
maux, celui d'Etats-Nations qui se sont édifiés sur la base d'une unité imaginaire
et d'une économie capitaliste ne laissant aucune place à la différence.
Loin de tous ces soucis, dans la communauté, la vie continue avec son lot
de violences, les habitants de Temulemu - zone connue pour ses conflits avec
les entreprises forestières - ont encore du mal à comprendre l'intérêt porté
par la presse internationale à leur communauté. L'un d'entre eux me dit
"On nous a toujours considérés comme des moins que rien, des chiens mais
nous avons toujours su que cela était faux. Aujourd'hui nous sommes capables
de le démontrer, en nous organisant selon nos autorités traditionnelles, et
faire des actions communes telles que les récupérations de terre. Nos terres
nous ont été volées sous prétexte qu'on ne les travaillait pas, ça aussi c'est
faux, aujourd'hui nous les récupérons et les travaillons mais les carabiniers
et les gardes forestiers nous en empêchent en nous réprimant très fortement
… C'est ça qu'il faut que le monde sache."