QUILAMAN au
pays des merveilles...
Par Carlos Millahual - Resistencia Mapuche - 29 juillet 2002.
Des lointaines et froides terres du canton Suisse
de Genève , des sympathisants avec la lutte de notre peuple ont fait parvenir à
notre site web une copie du discours que le représentant du Gouvernement
Chilien, Camilo Quilaman a prononcé à la Rencontre des Peuples originaires qui
s'est déroulée aux Palais des Nations le 24 Juillet dernier.
Le discours du
frère Quilaman, optimiste récurant rend compte des notables avancées en matière
de politique indigène réalisées par les gouvernements successifs de la
Concertation depuis l'année 1990, date qui marque la fin de la tragique
dictature militaire et le début d'une époque qui ouvre d'appétissants horizons
politiques et sociaux.
Durant cette dernière période, signale Quilaman, les
peuples originaires du Chili ont réalisé une série de "conquêtes", parmi
lesquelles il distingue, la création par le Gouvernement de Patricio Aylwin de
la Corporacion Nacional de Desarrollo Indigena (CONADI), organisme indigène qui
fut créé par l'état, dirigé par l'état et dont les représentants dans leur
grande majorité sont élus par le même état, constitue actuellement un outil
efficace pour le développement et la promotion, tant de nos droits fondamentaux,
que de ceux qui ne le sont pas. Bon d'accord, plus efficace concernant ces
derniers, mais il faut bien commencer par quelque chose reconnaît le toujours
très optimiste frère.
L'autre point qui retient l'attention aiguisée de notre frère délégué, est en
relation avec les 16 fameuses mesures promises par Ricardo Lagos (actuel
président du Chili NDT) au début de son mandat et par l'intermédiaire desquelles,
même s'il reconnaît que les choses ne peuvent se faire du jour au lendemain,
il nous serait possible à nous Mapuches d'être libres et auto gouvernés vers
le milieu de l'année 2495. C'est à dire à quelques mois des célébrations du
V centenaire de la fondation de la république Chilienne. Tout ceci constituant
un réel succès, sans aucun doute.
Pour
terminer, en même temps qu'il remarque les millions investis dans le domaine de
l'éducation qui devraient en théorie nous profiter à nous justement les
remarquables étudiants de notre peuple, et pourquoi ne pas le dire futur de
l'humanité, le frère Quilaman se retire de l'honorable assemblée faisant des
souhaits pour que ces réunions tellement importantes pour le futur de nos
peuples, continuent de se développer dans le temps puisqu'elles sont d'une
importance vitale pour l'élaboration de propositions dans cette ville de Genève
tellement accueillante, et puis ça ne fait de mal à personne un petit voyage en
Suisse où les montres sont tellement bon marché.... Enfin bref, pourvu
que cela dure conclue -t il .
A grands traits, voici la teneur du discours de notre
frère Quilaman durant le Futra Trawun (grande réunion, assemblée en mapudugun
langue du peuple Mapuche NDT) réalisé à Genève la semaine dernière. Bien
sur, ce qu'il n'a pas mentionné dans son discours c'est la situation que vivent
nos prisonniers politiques, la constante militarisation des communautés, l'intervention
de l'état par l'intermédiaire des programmes d'assistance économique dérivés
du BID et les persécutions qui affectent des dizaines de nos chefs traditionnels
et membres des communautés, mais ce n'est pas de la faute de notre remarquable
frère délégué. Tant bien que mal, durant les deux minutes et demie assignées
à notre délégué pour présenter devant l'assemblée, peu ou prou c'est ce qu'il
pouvait dire, n'est ce pas frère ?
Pour finir et pour que nos lecteurs et
visiteurs ne croient pas que cet article est le résultat de notre humour et pour
l'importance historique qu'aura l'optimiste discours de notre frère pour les
futurs chercheurs sur notre peuple (j'entends par là anthropologues,
sociologues, professeurs de sciences politique, promoteurs de la BID, agents de
JIPOL, humoriste de "Venga conmigo", etc...) Nous le reproduisons, plus bas,
intégralement. Les photos elles, si sont de notre propre initiative, quelque
chose qui ne s'est pas vu durant le discours du frère Quilaman à Genève au pays
des merveilles.....
Discours devant l'assemblée des peuples
originaires de l'ONU
.
"Monsieur le Président, messieurs les représentants, mesdames et messieurs
les délégués.
Je veux présenter mes salutations à cette importante rencontre au nom
du Gouvernement et au nom du Directeur National de la commission nationale de
développement indigène (CONADI). J'en profite aussi pour féliciter Monsieur,
ALFONSO Martinez pour sa nomination comme Président de cette importante
assemblée.
Monsieur le Président, il y a précisément 10 ans j'ai été désigné
pour prendre la parole au nom des organisations indigènes du Chili qui avaient
signé le pacte avec celui qui fut le premier Président du Chili en période
démocratique : Patricio Ayllwin Azocar.

Dans ces circonstances nous avons exprimé notre préoccupation et nos
efforts pour faire avancer nos propositions. Avec le temps, le chemin que nous
nous sommes proposés du dialogue et de la compréhension n'a pas été sans
difficulté, pourtant aujourd'hui nous pouvons dire qu'il existe une commission
nationale de développement indigène, instance d'état décentralisée avec ses
ressources propres et ce qui est plus important un Conseil supérieur composé de
huit représentants indigènes élus démocratiquement et huit représentants du
gouvernement et de ses ministres.

Actuellement, le dit conseil est composé majoritairement par des
membres provenants des différents peuples originaires de notre pays
.L'implantation de la loi indigène comme l'installation de la CONADI n'ont pas
été des tâches faciles, plus encore quand reste en suspens l'approbation par le
parlement de la convention 169 de l'OIT et la reconnaissance constitutionnelle
de nos peuples.
Il y a des thèmes qui restent en attente, nous avons des
limites et des difficultés; les choses ne peuvent se faire du jour au lendemain,
notre processus est un long chemin. Nous avons commencé il y a peu de temps à
sortir d'un processus de marginalisation qui dure depuis des siècles, il y a des
injustices depuis des années et face à ce qu'il s'est passé il y a des opinions
différentes, des réactions particulières, il y a des émotions et très souvent de
la douleur.

Pourtant et malgré tout, malgré les différences qui peuvent exister,
malgré l'immense demande pour les terres, malgré les demandes de participation
et de gestion de notre propre chemin de développement, dans notre pays nous
sentons les bases pour avancer et améliorer notre gestion avec pour but le futur
de nos peuples.
Les demandes pour la récupération du patrimoine territorial constituent
une aspiration très sensible pour les peuples originaires. C'est bien comme ça
que l'a compris Ricardo Lagos qui a assumé l'engagement de restitution de 150
000 hectares aux communautés. Il est important de signaler qu'entre les années
1994 et 2001 ont été restitués 215 449 hectares au bénéfice de 5 milles
familles.
En éducation il est important de noter le programme des bourses
indigènes du gouvernement, implantées au travers du Ministère de l'Education
pour les jeunes en primaire, secondaire, enseignement professionnel et
technique, universitaire. De 5000 bourses attribuées en 1994 nous sommes passés
à 18000 bourses en 2000 pour les étudiants indigènes.
En 2001 ont été
attribuées plus de 25000 bourses et ceci sans inclure les ressources attribuées
pour les locaux indigènes, l'appui à l'éducation inter culturelle, la
construction de collèges etc..
Pour terminer Monsieur le Président au nom du gouvernement et de la
Commission nationale de développement indigène, nous réitérons notre salut
affectueux et nous faisons des voeux pour que ce type de rencontres continuent
de se réaliser, puisque les résultats en ont été très bénéfiques pour le respect
de nos droits et le développement de nos peuples.
Merci beaucoup Monsieur le Président.
CAMILO QUILAMAN
TURRA
Chargé des relations internationales
Gouvernement du
Chili, CONADI
Genève 24 Juillet 2002