Nouvelles de la Frontera 


Apres plusieurs mois d'absence notre équipe d'information est de retour. La majorité des informations figurant sur cette page peut être authentifiée à partir des journaux nationaux et internationaux. Pour les hispanophones nous vous conseillons la consultation des sites suivants :

Diario el Gong : www.diarioelgong.cl

Mapuexpress : www.mapuexpress.net


Le Réseau d'Information et de Soutien au Peuple Mapuche et le Mouvement des Gens de la Terre, appellent les organisations sensibilisées par le respect et la promotion des Droits de l'Homme à se prononcer et dénoncer la situation préoccupante vécue par les prisonniers politiques Mapuche, ainsi que par les communautés.

Communiqué de la Coordination des Communautés en Conflits Arauko Malleko (05/03)
Les prisonnières politiques Mapuche initient une grêve de la faim. (26/02)
Arrestation de deux dirigeants de l'Alto Bio Bio pour usurpation avec violence de terrains
(12/02)
Déclaration des prisonniers politiques de la Coordinadora Arauco Malleco
(27/01)
La répression et les opérations policières augmentent dans la zone D'ERCILLA (27/01)
Les frères Pichún condamnés pour l'incendie d'un camion forestier. (26/01)
Déclaration de DOMUCHE NEWEN
(12/01)
Lettre ouverte à la société civile de José Huenchunao, prisonnier politique Mapuche (7/01)

 

Mars 2003

 

LIBERTÉ IMMÉDIATE à TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES MAPUCHE!!

La Coordination de Communautés Mapuche en Conflits Arauco Malleco (CAM) DÉCLARE:

1. Que la politique répressive développée par l'Etat chilien contre les communautés Mapuche en conflits est une preuve claire de son attitude servile et complaisante avec les intérêts du système capitaliste dont la consolidation requiert l'extermination de notre Peuple.

2. Que la répression ouverte et irrationnelle développée par l'État administré par le gouvernement social-démocrate de Ricardo Lagos, elle est dirigée contre les communautés Mapuche qui de façon digne et décidée ont résisté à l'expansion des investissements capitalistes dans notre territoire ancestral, fondamentalement dirigés par des chefs d'entreprises nationales et transnationales des secteurs forestiers, hydro-électriques et touristiques, constituant par conséquent une persécution politique contre notre Peuple, et en particulier contre un des secteurs Mapuche le plus conséquent (CAM):

3. Que cette politique répressive aujourd'hui présente comme résultat:

- 37 Mapuche emprisonnés, hommes et femmes, dans différentes prisons de la huitième et neuvième région

- parmi ceux emprisonnés, 7 lonko (chefs traditionnels) de communautés, dirigeants Mapuche légitimes.

- Plus de 20 Mapuche poursuivis par la police chilienne pour causes judiciaires en suspens.

- des centaines de procès judiciaires contre des membres de communautés Mapuche.

- près de 25 Mapuche en accomplissant leurs condamnations sans réclusion.

- de nombreux logements fouillés brutalement, dans lesquels ont été frappés et y compris menacés de mort des enfants, adultes et vieux.

- des personnes, des familles et des communautés surveillées en permanence et contrôlées par la police civile et uniformisée.

- Plus de 12 membres de communautés Mapuche ayant des séquelles physiques et psychologiques à la suite des impacts balles et grenailles tirés par le personnel carabiniers et la police civile.

- Un jeune Mapuche assassiné par des carabiniers pendant une récupération de terres.

4. Que contrairement à son respect du caractère institutionnel et de l'État de droit, le pouvoir politique et judiciaire chilien a maintenu les emprisonnements sans disposer de preuves accusatoires réelles et sérieuses contre les Mapuche, sans spécifier ni clarifier les raisons des détentions, en obtenant des déclarations sous pression et menaces, en les avalant avec d'hypothétiques "témoins" payés. Dans ces situations et comme exemple, nous mentionnons qu'à la date il existe au moins trois personnes attentivement sans sentence pendant plus d'une année (à Traiguén et Victoria) et une personne de 72 années avec de sérieux problèmes de santé, arrêtée dans la Prison d'Angol.

Pour cette raison, nous EXIGEONS:

1. la liberté immédiate de tous les Prisonniers Politiques Mapuche.

2. la démilitarisation des communautés Mapuche en conflits.

3. la cessation des violences et les persécutions contre nos gens.

4. la punition des assassins du membre de communauté mapuche Alex Lemun.

Nous RÉITÉRONS que nous continuerons avec le processus de récupération de terres, de contrôle territorial et de la reconstruction de notre Peuple nation, avançant ainsi vers la Libération Nationale Mapuche.

W EU W A I Ñ!!

 

COORDINATION DE COMMUNAUTÉS MAPUCHE EN CONFLIT ARAUCO MALLECO

 

Depuis le Territoire Mapuche, mercredi 5 mars le 2003.

 

Février 2003

Temuko - 26 février 2003.
Les prisonnières politiques Mapuche Angelica Nankupil et Bernardita Chacano ont annoncé l'initiation d'une grève de la faim, afin de sensibiliser l'opinion publique et interpeler les autorités politiques et judiciaires sur les violences dont souffrent quotidiennement les communautés Mapuche.

Alto Bio Bio - 12 fevrier 2003.
Secundo Suarez Marihuan, lonko de la communauté de Malla Malla et Pedro Paine Tranamil, porte-parole du Conseil de Lonkos Traditionnels et dirigeant de la Communauté de Trapa Trapa (Alto Bio Bio) ont été arrêté mercredi lors d'une descente policière. Ils sont détenus à Los Angeles (VIII° région).

 

Kolectivo Mapuche Lientur / Kontrainformación en la Red

Grève de la faim et de la soif

Déclaration des prisonniers politiques de la Coordinadora Arauco Malleco

Depuis la prison TEMUCO - Territoire Mapuche - 27 Janvier 2003

Les prisonniers politiques Mapuches, détenus par l’état chilien déclarent à l’opinion publique nationale et internationale :

A partir du 30 Janvier nous commencerons une grève de la faim et de la soif qui durera jusqu’à ce que soient entendues les exigences ci dessous :

1 Contre les pressions répétées de la justice publique qui s’exercent non seulement contre nous mais aussi contre nos familles. La justice nous a convoqué à une audience le 30 Janvier 2003 pour exiger notre transfert immédiat de la prison de Temuco vers différentes prisons de la région, pour soit disant faciliter nos témoignages, ce qui est réellement excessif puisque nous avons pris la décision de garder le silence et tout ce qui serait contraire à cette décision constitue une violation d’un droit élémentaire et une violation des droits de l’homme.

2 Ces transferts constituent non seulement une pression et un coût psychologiques contre nous, mais aussi contre nos familles puisque nous sommes de communautés Mapuches différentes et que les voyages requièrent d’énormes efforts tant au niveau familial, qu’économique.

Notre histoire nous jugera et non l’état oppresseur.

WEUWAIÑ - MARRICHIWEU

PRESOS[AS] POLITICOS [AS] MAPUCHE CAM

Prisonniers politiques MAPUCHES Coordinadora Arauco Malleco.

Traduccion LA LICORNE

 

La répression et les opérations policières augmentent dans la zone D'ERCILLA
27 Janvier 2003

Dans la même région où est tombé au combat notre frère ALEX LEMUN , plus d’une communauté s’est levée pour faire front aux entreprises forestières (Bosque Arauco, Forestal Mininco entre autres). Ces différents processus ont commencé il y a deux ans , et d’autres sont nouveaux. Chekenko, Montutui Mapu, Requem
Lemun, José Guiñol sont quelques unes des communautés qui sont actuellement en conflit.

Dans ce secteur beaucoup de nos frères ont décidé de donner leurs vies pour la juste lutte de libération nationale du peuple Mapuche. Pourtant chaque jour la répression augmente, démontrant le terrorisme d’état. Le climat de terreur est présent , les véhicules des carabiniers passent journellement tout comme les hélicoptères, à tout ceci s’ajoutent les gardes forestiers fortement armés, les groupes paramilitaires anti Mapuches et des hommes spécialisés dans le renseignement sur les gens qui luttent.
Il existe un climat de tension et de persécutions politiques qui est occulté par les consortiums de presse "huinkas" (terme qui désigne les non Mapuches N.D.T.) Qui tentent de nous discréditer en inventant des calomnies et des affaires.

Beaucoup de gens ont été blessés, battus, maltraités et personne ne le sait. Les mises à l’isolement de communautés sont quasi quotidiennes, la police fait irruption avec violence sous n’importe quel prétexte pour détenir nos camarades. La coordinadora Arauco Malleco a émis des communiqués publiques sur les récupérations de terres qui continuent et commencent, réaffirmant que le processus Mapuches continuera dans la chaleur de la résistance, mais les médias tentent d'étouffer ces informations. Nous savons bien que beaucoup d’entre eux appartiennent à ces mêmes capitalistes qui nous oppriment.

Actuellement deux Lonkos de la zone sont incarcérés, Juan Ciriaco Millacheo (prison de Temuco) de Chekenko, avec son fils Luis Millacheo (prison de Angol) y José
Cariqueo le 19 janvier ils ont été appréhendés trois frères à la station de bus de Collipulli, et cette même semaine trois autres dans un encerclement de communautés. Nous ignorons leurs identités parce qu’elles n’ont toujours pas été révélées. Le 24 Janvier s’est réalisé un brutal encerclement de la zone de Tricauco, durant lequel ont été détenus Juan Carlos Huenulao Lielmil y Juan Antonio Colihuinca Ancaluan.

Ce bref communiqué a pour objectif de révéler la véritable situation vécue dans le Wallmapu (terre Mapuche N.D.T.). Nous souhaitons que soit recherchée et diffusée cette information.


LIBERTE POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES MAPUCHES

AVANÇONS JUSQU'A LA LIBERATION

 

Angol - 26 janvier 2003 - Les frères Pichún condamnés pour l'incendie d'un camion forestier.

C'est après un procès long de quatre jours que la sentence est tombée : coupables. Rafael (21 ans) et Pascual Pichún (18 ans) fils du lonko (chef traditionnel) Pascual Pichun, lui-même emprisonné depuis plus d'une année, ont été reconnus coupables de l'incendie d'un camion forestier ayant mis en péril la vie de son conducteur. Ils risquent une peine allant de 3 à 10 ans de prison ferme, la décision sera annoncée vendredi prochain.

Pourtant de l'avis des avocats de la défense, il n'existe aucune preuve les incriminant dans un tel acte, et en toute logique ils auraient dû être lavés de tout soupçon en conclusion de ce procès. Malheureusement de telles décisions arbitraires de la part des tribunaux de "justice" chilienne se font de plus en plus fréquentes. Il y a déjà 32 Mapuche qui ont été condamnés à l'occasion de 5 procès durant l'année passée. A chacun de ces procès les avocats de la défense avaient remarqué des irrégularités qui pourtant n'ont jamais été prises en compte.

Diverses organisations internationales ont d'ailleurs exprimé leur préoccupation au sujet de la situation des prisonniers politiques Mapuche, véritables otages de la "politique indigène" mais surtout d'économie néolibérale menée par le gouvernement de Ricardo Lagos. La Fédération Internationale des Droits de l'Homme publiera prochainement un rapport sur la situation des prisonniers politiques Mapuche.

Quant aux campagnes internationales de soutien, elles restent l'un des seuls moyens de faire pression sur les autorités politiques et judiciaires chiliennes pour qu'elles offrent un traitement juste et respectueux aux communautés Mapuche en conflit. Nous vous invitons à y participer à ces deux types de campagne :

Sources :  Diario el Gong -
                Avocats de la défense.

 

Déclaration de DOMUCHE NEWEN - femmes résistantes de l’Alto Bio Bio.
12 Janvier 2003


Au peuple Mapuche

A l'opinion nationale et internationale

Aux médias

Aux amies et amis du peuple Mapuche


Les femme qui résistent au barrage RALKO, DOMUCHE NEWEN, face aux derniers événements et aux spéculations des médias concernant un supposé accord d'immigration entre les familles et les femmes de l’Alto Bio Bio et Endesa déclarons:

S’il est vrai qu’une de nos soeurs Nicolasa Quintreman à déclaré publiquement son intention d’immigrer pour des raisons économiques et à cause de la fatigue accumulée durant 10 ans de lutte d’opposition au barrage de RALKO, le reste des femmes y compris Berta Quintreman n’est pas disposé à renoncer à défendre notre terre.
Nous ne pouvons pas non plus méconnaître, ou oublier, durant toutes ces années la quantité de frères et de soeurs qui se sont portés solidaires avec toutes les conséquences que cela a entraîné pour eux, de la persécution aux attaques et à l’incarcération pour chacun d’entre eux.
C’est ainsi qu'aujourd'hui notre frère Victor ANCALAF est détenu et inculpé par la loi anti terroriste pour avoir appuyé notre cause et nous voulons dire que nous ne nous reposerons pas, et que nous ne négocierons rien s’il n’est pas libéré par les autorités chiliennes et ENDESA.
Nous exigeons de l’état Chilien qu’il arrête immédiatement le chantier de la Centrale Hydro Electrique RALKO parce qu’elle attente a la vie et à l’identité de notre peuple Mapuche.

Nous exigeons l'arrêt immédiat de la répression et des persécutions contre notre peuple Mapuche et la libération immédiate de tous les prisonniers politiques Mapuches.
Depuis le territoire Mapuche Pehuenche RALKO LEPOY

Marrichiweu


Berta Quintreman Calpan
Hilda Riquelme Huenteao
Rosario Huenteao Beroiza
Julia Huenteao Beroiza
Rosa Beroiza Huenteao
Aurelia Marihuan Mora
Juan Quintreman Calpan

 

Lettre ouverte à la société civile.
Jose Huenchunao, Prisonnier politique Mapuche.

Janvier 2003.

Nous, les Mapuche, sommes un peuple, une nation, une culture millénaire que les premiers colons d'Amérique, les espagnols, ont rencontrée. Trois siècles de colonisation ont  amené les espagnols à reconnaître la nation Mapuche. Les Mapuche ont été le seul peuple originaire que la couronne espagnole n'a pu soumettre. Cette dernière lui a reconnu l'autonomie et un territoire. Au moins vingt-huit traités ratifient cet accord politique et territorial.

Celui qui occupe politiquement et militairement le territoire mapuche, est l'état chilien qui, en 1881, acheve une campagne militaire commencée en 1860 appelée « pacification de l'Araucanie ». A cette époque commence une des plus triste et obscure période pour le peuple Mapuche. Nous perdons, par usurpation, 95% de notre territoire. Il se commet le plus brutal génocide de notre histoire, au moins 60% de notre population meurt. Les Mapuche avaient un territoire de dix millions d'hectares dont l'Etat chilien usurpe neuf millions cinq cent mille hectares, ne nous laissant seulement que cinq cent mille hectares en titres de propriété, c'est-à-dire 5% du territoire reconnu par la couronne espagnole.

La discrimination et la tentative d'extermination de notre peuple se sont poursuivis tout le siècle dernier en tentant d'assimiler les survivants de notre peuple à la société chilienne. Face à cette menace d'extermination, les communautés en conflit se sont levées et ont initié un processus de reconstruction. Face à ce processus, la stratégie du gouvernement est de mettre en place une ouverte persécution politique contre les communautés qui soutiennent ce processus de récupération des terres. Le pouvoir exécutif, les polices, les tribunaux et autres institutions de l'Etat se sont liés dans le but de cette répression.

L'escalade de la répression a comme seul but de soutenir l'avancée des investissements capitalistes à l'intérieur du territoire mapuche et de protéger les intérêts des riches. Dans ce but, l'Etat intervient dans les communautés pour les diviser et fragiliser « la conscience politique d'appartenir à un peuple, à une nation originaire ».

L'Etat chilien porte atteinte directement contre l'intégrité culturelle mais aussi physique des Mapuches. Dans le cadre du conflit, une centaine de personnes ont été blessée par balles ou par des matraques en fer utilisées par la police. Ces violences ont eu pour conséquence des pertes de la vue, des pertes d'usage des membres et des morts. Le frère Alex Lemun a été assassiné par une balle de la police dans la région de Ercilla. Le frère Carlos Reinao du secteur de Lleu-Lleu  a été découvert mort et découpé pour avoir été un actif participant de la lutte menée par la communauté de Pascual Coña contre l'entrepreneur touristique Osvaldo Carvajal. Trois personnes engagées dans le conflit du haut Bio-Bio ont été assassinées. La police civil a gravement blessé par balles quatre frères de Tirua...

Les « prisonniers politiques Mapuche » dispersés dans différentes prisons de la huitième et neuvième région, assument également les coups de la répression politique de l'Etat chilien. Ils sont accusés d'avoir  été les représentants ou les autorités traditionnelles de leur peuple et d'avoir ainsi soutenu l'idée politique de continuer à exister comme un peuple avec sa culture, son identité et son territoire.

La persécution judiciaire est menée par l'implacable main du gouvernement et des entrepreneurs qui se voient menacés dans leurs intérêts. Il n'est rien de plus éloquent à ce sujet que l'aveu des juges qui reconnaissent avoir été contraint. J'ai été arrêté sous l'effet de l'accusation d'association illicite terroriste prononcée par le juge militaire de la neuvième région contre tous ceux appartenants à la Coordination des Communautés en Conflit de la zone Arauco Malleco. Lors de l'audience où j'ai été assigné dans le cadre de cette arrestation, j'ai pu constater que d'obscurs intérêts se masquent pour poursuivre les Mapuche qui réclament leurs droits territoriaux et politiques légitimes.


Les juges militaires font preuve de comportements racistes en défendant la répression institutionnalisée en faveur des riches et en formulant des accusations contre des Mapuche sans aucun fondement technique ni aucune preuve. Leur seul projet est de persécuter et de maintenir prisonniers les Mapuche pour convenir à la politique du pouvoir et aux entrepreneurs. Avec cette attitude, les juges s'assurent une carrière ascendante dans le pouvoir judiciaire, comme quelques-uns en sont la preuve. Ceux-là ne sont pas ignorants, ils possèdent une conscience claire de ce qu'ils sont en train de faire.

Les tribunaux de justice chiliens ne garantissent pas l'impartialité dans les jugements attentés aux Mapuche parce qu'ils répondent à une institution qui nous a historiquement réprimés. De plus, la majeure partie de ces juges est raciste et il existe une espèce d'influence que les Mapuche ne peuvent neutraliser car ils n'y ont pas accès.

Cette façon de procéder des tribunaux a construit un nouveau mythe à l'adresse de l'opinion publique qui tente de confondre la lutte du peuple Mapuche pour ses droits à une menace « pour la société ». Le mapuche qui lutte pour sa culture, son identité, sa terre et son idéologie n'est pas un danger pour la société mais un danger pour les usurpateurs, les entrepreneurs qui nous ont volé nos terres et pour les intérêts colonialistes d'un état oppresseur. Pour personne d'autre nous ne sommes un danger.

Les mapuche, nous enlaçons des valeurs humaines contraire aux postulats destructeurs du système oppresseur capitaliste. Notre lutte est une opposition à l'entêtement destructeur du riche, de l'entrepreneur. Nous n'acceptons pas que l'on détruise la nature, notre culture et notre identité. Nous voulons accéder à la justice et à la vérité. Nous voulons récupérer notre territoire, notre autonomie.

Il est aberrant d'entendre les militaires et les tribunaux accuser les prisonniers mapuches de semer la terreur dans la population. Ces accusations sont des postulats doctrinaux qui soutiennent historiquement les oppresseurs pour tromper la population. Cette logique mensongère va jusqu'à responsabiliser tous les chiliens (pauvres et marginaux) de la dette historique qu'a l'état chilien et les riches envers les Mapuche.

Nous réaffirmons que les seuls qui aient à craindre sont les riches qui ont fait fortune avec nos terres et nos ressources. Les pauvres, les marginaux et tous ceux, non Mapuche, qui ne blessent pas l'intégrité de notre peuple, seront toujours respectés dans leurs droits. Les communautés n'alimentent ni ne maintiennent de conflits avec de petits propriétaires non mapuche, mais avec les grandes entreprises et quelques particuliers latifundistes.

L'Etat, comme système et structure, devrait garantir la restitution de notre territoire usurpé. Mais nous savons que cela va contre les intérêts et les compromis que le gouvernement a contracté avec les riches. Nous n'avons pas confiance en les institutions d'état, comme instances, pour résoudre le conflit. Les communautés devront travailler pour accumuler les forces afin de poursuivre la lutte pour leurs droits.

Les communautés, à chaque fois, fortifient leur organisation pour contrôler les territoires disputés et avancer dans l'intelligence d'un processus de lutte qui les conduise vers le chemin de libération de notre peuple. La décision de lutter pour nos droits légitimes est irréversible. Les communautés vont progressivement assumer cette décision comme seul chemin qui leur assurera une future existence comme peuple. Au début, les communautés en conflit n'étaient pas beaucoup mais aujourd'hui il y a une centaine de communautés qui développe un processus de lutte pour récupérer leurs terres. Elles ont construit une force sociale et politique propre qui leur permet de contrôler quelques espaces territoriaux de leur terre originaire.
 
L'organisation et l'unité des communautés en conflit ont permis de former des zones en conflit. Les communautés ne sont plus isolées mais se rassemblent en zones, comme celle de Lleu-Lleu, Ercilla, Tirua, Chol-Chol, Traigen, Collipulli. C'est une réussite immense pour le mouvement Mapuche autonome qui recompose ainsi son tissu social à la base d'un processus de contrôle territorial. Ce processus fait tomber la stratégie communicationelle du gouvernement et des groupes de pouvoir qui ont la prétention de rendre illégitime la lutte des communautés en qualifiant les mouvements autonomes de « délinquants », « bandes », «groupes isolés » ou « terroristes ». Comme je l'ai dit, les prisonniers politiques mapuches sont les autorités traditionnelles des communautés en conflit, comme les lonkos (haut représentant d'une communauté) et les werkenes (messagers et conseillers politiques des communautés).

Les frères chiliens prisonniers, liés à la Coordination des Communautés en Conflit Arauco-Malleco, sont victimes d'une persécution parce qu'ils sont solidaires avec la cause de notre peuple. Ils ont compris l'immense injustice qui est commise contre lui. Ces citoyens et ces étudiants, habitants des villes, ce sont solidarisés en manifestant dans les universités ou depuis la rue.

A propos du supposé financier chilien d'origine polonaise et soupçonné d'avoir appartenu au mouvement d'extrême droite « Patrie et Liberté », je tiens à dire que ce monsieur n'a jamais participé à la coordination ni n'a financé les activités de l'organisation. Nous savons seulement que son esprit de solidarité a apporté un soutien économique à des personnes et des familles des communautés mapuches du secteur de Collipulli ainsi qu'à des institutions de cette zone, les pompiers, l'église, la gendarmerie et même la police.

Son arrestation et son emprisonnement nous ont surpris. Nous sommes néanmoins conscients que la stratégie du gouvernement et de la police militaire est de nous priver ainsi du soutien social et de la sympathie de la gauche internationale. Il devient de plus en plus clair que les pratiques et les décisions du gouvernement et des tribunaux de Justice chiliens poursuivent tous ceux qui se lient, se solidarisent, avec le mouvement autonome engagé par les communautés en conflit territorial. Ils ont ainsi mis sous écoute les lignes téléphoniques des avocats,assistants sociales et journalistes.

Nous sommes sûrs que la répression, la persécution policière contre les Mapuche se poursuivra, mais cela n'arrêtera pas la mobilisation des communautés. Car les communautés ont initié la lutte pour leurs justes droits politique et territoriaux en réaction à de réelles conditions d'extrême pauvreté et de menace d'extermination.

Le gouvernement veut occulter le conflit Mapuche pour protéger les entrepreneurs et que ces derniers puissent continuer d'investir le territoire Mapuche. Lors de la journée dirigée par le sous-secrétaire du ministère de l'intérieur pour analyser le conflit mapuche, en concertation avec les intendants, les gouverneurs et les chefs de la police civile de la huitième et neuvième région, il a été déclaré que l'emprisonnement de quelques dirigeants suffirait a désarticuler le mouvement Mapuche. Bien au contraire, la réaction des communautés est de s'articuler mieux pour intervenir plus efficacement dans les zones en conflit. Face à la situation actuelle les communautés mapuches autonomes continueront leursprocessus de lutte pour atteindre leur autonomie et récupérer leur territoire. Nous, les Mapuche, résisterons et reconstruirons notre nation originaire.

Pour finir, nous demandons la compréhension et le soutient social et politique de la communauté nationale et internationale. Ne vous laissez pas tromper par les stratégies oppressives d'un gouvernement qui a l'intention d'exterminer le Peuple-Nation Mapuche. Aux Organisations, mouvements sociaux, nous demandons de continuer à consolider leurs énergies pour avancer sur le chemin de la justice et de la liberté de nos peuples, nations. Nous, les Mapuche, sommes une nation qui lutte pour ses droits légitimes au territoire et à l'autonomie.

 
Traduction : sabina et nahuel  du CscMc -Paris
Source: www.soc.uu.se/mapuche (Versions française et espagnole)