Six mois déjà
que le Réseau d'Information et de Soutien au Peuple Mapuche
diffuse via Internet divers documents en Français sur la situation
des Mapuches du Chili. Le manque d'informations objectives, les quelques
textes existant en Français, les autres occupations des membres
du réseau, ont parfois rendu la tâche difficile. Aussi
la persistance et l'actualisation de ce site n'ont été
possibles que grâce à ceux qui le visitent quotidiennement,
répondent aux différentes campagnes diffusées
par le Réseau et envoient messages de soutien et contributions
(traductions, textes, bibliographies
). La structure informelle
formée par le Réseau est ouverte à tous ceux
voulant apporter leur grain de sable aux problématiques soulevées
actuellement par les communautés Mapuche : le droit à
la terre, à l'eau et à une vie digne, la reconnaissance
de la différence culturelle, la récupération
d'espaces de vie et de culture, la lutte contre le racisme et pour
la justice
Une autre raison qui nous pousse à continuer cette expérience
d'information et de soutien réside dans le constat qu'aujourd'hui
les conflits mettant en scène communautés Mapuche, Etat
Chilien et intérêts privés se trouvent dans une
impasse. Au risque de répéter le premier éditorial,
aux différentes mobilisations réalisées par les
communautés Mapuche, l'Etat Chilien a répondu par la
répression (se manifestant par de nombreux blessés,
l'emprisonnement de membres de communautés, l'application de
la Loi de Sécurité Intérieure de l'Etat contre
eux) et la démagogie.
L'utilisation du qualificatif de "prisonniers politiques Mapuche"
à ceux qui ont été arrêtés pour
revendiquer leur terre et leur droit, n'est pas gratuite. Elle est
le constat qu'aujourd'hui dans un Chili "démocratique",
subsistent des personnes emprisonnées sur la base de faux-semblants
de preuves. Leur maintien dans les geôles de Temuco et Collipulli
dépend d'une simple décision politique, les gouvernants
de ce pays considérant que la seule solution aux conflits territoriaux
dans le sud passe par une répression exemplaire des secteurs
revendicatifs.
La récente application de la loi de sécurité
intérieure de l'Etat dans le cas de l'incendie d'une ferme
appartenant à un homme d'affaire installé sur des terres
revendiquées par la communauté Pascual Coña (région
d'Arauco), ne fait que confirmer la subordination de l'Etat aux intérêts
économiques des grands investisseurs du pays.
Avec de telles perspectives, le pire reste à venir : tandis
que les récupérations de terre se multiplient (Tirúa,
Traiguen, Cañete, Galvarino, Alto Bio Bio, Panguipulli, Osorno,
Temuco, Vilcun, Collipulli
), l'Etat quant à lui radicalise
son discours, en considérant les membres des communautés
qui les réalisent comme des délinquants. Plus d'une
cinquantaine de Mapuche sont aujourd'hui en cours de procès,
pour avoir revendiqué leur droit à la terre ou pour
simplement faire partie d'une organisation. Les lois appliquées
contre eux sont les mêmes que celles avec lesquelles on juge
les délinquants et les terroristes : l'occupation pacifique
d'un terrain privé est considérée comme un vol,
tandis que les appels à la mobilisation des communautés
pour réclamer leurs droits ancestraux sont passibles de peine
d'emprisonnement pour association terroriste
Dans cette confrontation inégale, l'Etat Chilien a indéniablement
l'avantage, et il n'hésite pas à multiplier attaques
physiques et morales contre les communautés. Cependant le soutien
populaire national et international dont bénéficie ces
dernières reste un atout considérable. Même s'il
ne peut en aucun cas remplacer la mobilisation de base effectuée
au sein de celle-ci, il contribue à la renforcer. Considérant
leurs revendications actuelles comme justes et légitimes, il
est important de faire connaître et de constituer des liens
d'échanges et de solidarité entre les différentes
personnes et institutions intéressées et engagées
dans des processus de résistances similaires.
L'affaire Pinochet oblige depuis quelques années le Chili à
montrer une autre image, celle d'un pays en "voie de démocratisation",
et nous ne pouvons pas nier l'importance qu'à eu l'opinion
internationale à ce sujet. Cette avancée de la justice
dans le monde ne doit pourtant pas faire oublier qu'aujourd'hui encore
existent des prisonniers politiques au Chili. Parmi eux, Julio, Juan
Bautista, Enrique, José, Anibal, jeunes Mapuche de la campagne
et de la ville emprisonnés par un Etat-Nation niant leur droit
à reconquérir territoire, dignité et culture.