Editorial Mars 2001

Six mois déjà que le Réseau d'Information et de Soutien au Peuple Mapuche diffuse via Internet divers documents en Français sur la situation des Mapuches du Chili. Le manque d'informations objectives, les quelques textes existant en Français, les autres occupations des membres du réseau, ont parfois rendu la tâche difficile. Aussi la persistance et l'actualisation de ce site n'ont été possibles que grâce à ceux qui le visitent quotidiennement, répondent aux différentes campagnes diffusées par le Réseau et envoient messages de soutien et contributions (traductions, textes, bibliographies…). La structure informelle formée par le Réseau est ouverte à tous ceux voulant apporter leur grain de sable aux problématiques soulevées actuellement par les communautés Mapuche : le droit à la terre, à l'eau et à une vie digne, la reconnaissance de la différence culturelle, la récupération d'espaces de vie et de culture, la lutte contre le racisme et pour la justice…
Une autre raison qui nous pousse à continuer cette expérience d'information et de soutien réside dans le constat qu'aujourd'hui les conflits mettant en scène communautés Mapuche, Etat Chilien et intérêts privés se trouvent dans une impasse. Au risque de répéter le premier éditorial, aux différentes mobilisations réalisées par les communautés Mapuche, l'Etat Chilien a répondu par la répression (se manifestant par de nombreux blessés, l'emprisonnement de membres de communautés, l'application de la Loi de Sécurité Intérieure de l'Etat contre eux) et la démagogie.
L'utilisation du qualificatif de "prisonniers politiques Mapuche" à ceux qui ont été arrêtés pour revendiquer leur terre et leur droit, n'est pas gratuite. Elle est le constat qu'aujourd'hui dans un Chili "démocratique", subsistent des personnes emprisonnées sur la base de faux-semblants de preuves. Leur maintien dans les geôles de Temuco et Collipulli dépend d'une simple décision politique, les gouvernants de ce pays considérant que la seule solution aux conflits territoriaux dans le sud passe par une répression exemplaire des secteurs revendicatifs.
La récente application de la loi de sécurité intérieure de l'Etat dans le cas de l'incendie d'une ferme appartenant à un homme d'affaire installé sur des terres revendiquées par la communauté Pascual Coña (région d'Arauco), ne fait que confirmer la subordination de l'Etat aux intérêts économiques des grands investisseurs du pays.
Avec de telles perspectives, le pire reste à venir : tandis que les récupérations de terre se multiplient (Tirúa, Traiguen, Cañete, Galvarino, Alto Bio Bio, Panguipulli, Osorno, Temuco, Vilcun, Collipulli…), l'Etat quant à lui radicalise son discours, en considérant les membres des communautés qui les réalisent comme des délinquants. Plus d'une cinquantaine de Mapuche sont aujourd'hui en cours de procès, pour avoir revendiqué leur droit à la terre ou pour simplement faire partie d'une organisation. Les lois appliquées contre eux sont les mêmes que celles avec lesquelles on juge les délinquants et les terroristes : l'occupation pacifique d'un terrain privé est considérée comme un vol, tandis que les appels à la mobilisation des communautés pour réclamer leurs droits ancestraux sont passibles de peine d'emprisonnement pour association terroriste…
Dans cette confrontation inégale, l'Etat Chilien a indéniablement l'avantage, et il n'hésite pas à multiplier attaques physiques et morales contre les communautés. Cependant le soutien populaire national et international dont bénéficie ces dernières reste un atout considérable. Même s'il ne peut en aucun cas remplacer la mobilisation de base effectuée au sein de celle-ci, il contribue à la renforcer. Considérant leurs revendications actuelles comme justes et légitimes, il est important de faire connaître et de constituer des liens d'échanges et de solidarité entre les différentes personnes et institutions intéressées et engagées dans des processus de résistances similaires.
L'affaire Pinochet oblige depuis quelques années le Chili à montrer une autre image, celle d'un pays en "voie de démocratisation", et nous ne pouvons pas nier l'importance qu'à eu l'opinion internationale à ce sujet. Cette avancée de la justice dans le monde ne doit pourtant pas faire oublier qu'aujourd'hui encore existent des prisonniers politiques au Chili. Parmi eux, Julio, Juan Bautista, Enrique, José, Anibal, jeunes Mapuche de la campagne et de la ville emprisonnés par un Etat-Nation niant leur droit à reconquérir territoire, dignité et culture.

 

Editorial Mars 2002                                                              Premier Editorial